La perspective de fusion entre Gaz de France et Suez soulève les passions. J’en suis un fervent partisan car elle permettrait à la France de détenir – avec EDF – deux grands groupes énergétiques d’importance mondiale. Ancien administrateur de Gaz de France, je sais combien notre sécurité énergétique implique que nous disposions d’un groupe puissant dans le gaz nous permettant de négocier en position de force avec les fournisseurs. Le gaz naturel est indiscutablement l’énergie phare de demain, se substituant au pétrole dans bien des domaines, ne serait-ce que parce que ses réserves sont nettement plus abondantes. De plus, Gaz de France et Suez ont en commun la culture de la délégation de service public. Que l’Etat possède dans le nouveau groupe une simple minorité de blocage, assortie éventuellement d’une « golden share » me paraît suffisant pour que la concordance entre l’intérêt national et celui de l’entreprise soit assuré. Quant à la polémique sur les prix, elle me semble sans objet. Si le prix du gaz monte, c’est en raison de l’augmentation des prix du pétrole. Fixer des tarifs artificiels sans tenir compte des réalités mondiales est dangereux. C’est, qui plus est, se moquer des citoyens, parfaitement capables de comprendre les enjeux énergétiques. Que nous le voulions ou non, nous sommes entrés dans l’ère de l’énergie chère. C’est pourquoi il est nécessaire d’engager avec vigueur une politique d’efficacité – c’est à dire d’économies – énergétique d’autant plus nécessaire que les objectifs du protocole de Kyoto doivent impérativement être atteints.
Je regrette que nombre de mes collègues ne considèrent le problème que par le petit bout de la lorgnette.