Allocution Jean-Jacques Guillet Samedi 30 Janvier 2010

Comme chaque année depuis 16 ans, cette modeste réception clôt le cycle des vœux qui se déroulent en grand nombre dans notre département et ont le mérite de permettre de faire le point sur la situation locale ou nationale. Je vous remercie d’avoir répondu une fois de plus à mon invitation

L’année 2009 a été une année particulièrement difficile pour la France mais aussi pour l’ensemble du monde, difficile pour l’Europe. Ce fût une année de crise, certes, mais une crise à laquelle notre pays a su faire face de façon assez remarquable. Il faut le souligner. C’est vrai que la crise qui nous a atteint à partir de l’automne 2008 a été violente et nous avons vécu au cours de l’année 2009 une récession qui ne l’oublions pas était négative de moins 2,2%. C’est quelque chose d’exceptionnel. Et cette crise mondiale qui est une crise de la mondialisation en quelque sorte - mondialisation récente mais déjà bien établie - a été la plus forte que nous ayons connue depuis celle de 1929 et dans une certaine mesure elle aurait été beaucoup plus forte que celle de 1929-1932 si le Gouvernement n’avait pas su réagir rapidement.

On s’était interrogé lorsque le Président de la République à Toulon à l’automne 2008, a fait un discours qui semblait alarmiste en déclarant que le Gouvernement allait garantir le dépôt des particuliers dans les banques. Que se passait-il donc? Les Français se demandaient si leurs dépôts étaient donc menacés. Je crois qu’il faut insister sur ce point, oui, ils étaient menacés. Le système financier français et international en général était particulièrement menacé. Et si les Gouvernements n’avait pas su réagir à temps et si le gouvernement français n’avait pas su prendre les mesures nécessaires pour sauver le système financier en soutenant les banques – on dit toujours que les banquiers sont soutenus alors qu’ils font des bénéfices inconsidérés, que les traders touchent des bonus anormaux…tout cela est vrai et cela implique qu’il fallait une certaine régulation – la crise aurait été encore plus importante et aurait pris les allures de celle que nos aînés ont connu après 1929. Souvenons nous de la faillite du Kredit Anstalt à Vienne et des faillites en cascade qui ont provoqué un chômage gigantesque et, en définitive, la guerre. Tout cela a pu être évité grâce à la détermination du Gouvernement et de la majorité qui le soutenait. Mais dans le contexte d’une économie mondiale, la solidarité était nécessaire. J’évoquais l’autre jour lors de mes vœux de Maire à Chaville cette nécessaire solidarité que nous devons avoir sur le plan local, pas simplement sur le plan municipal mais sur le plan départemental ou sur le plan de la Communauté d’agglomération. Cette solidarité, elle existe également sur le plan mondial. L’organisation du G20 à l’initiative du Président de la République française a été une novation extrêmement importante pour organiser cette solidarité. Il ne s’agit plus de réunir uniquement les Etats les plus anciennement développés mais d’y associer également les Etats émergents. Aujourd’hui nous sommes dans un monde où l’économie est certes mondialisée mais aussi dans un monde multipolaire. Souvenons nous, il y a quelques années, la diplomatie française se fondait sur cette réalité future de ce monde multipolaire et cette réalité multipolaire existe. Il m’arrive d’aller en Asie dans le cadre de mes fonctions parlementaires et je m’aperçois à quel point l’Asie constitue aujourd’hui un pôle de développement gigantesque, avec une croissance beaucoup plus importante que celle que nous pouvons connaître et que nous pourrons connaître dans l’avenir et qui est totalement indépendante de celle des Etats-Unis. Il y a un monde multipolaire constitué par la plaque asiatique, par la plaque nord-américaine et évidemment par la plaque européenne. Au cours de cette année 2009, un événement important, de ce point de vue, est survenu, c’est la mise en oeuvre définitive du traité de Lisbonne, à l’issue d’un processus dont nous savons qu’il a été complexe et a abouti par le référendum en Irlande organisé pour la deuxième fois dans ce pays. C’est un événement important même si nous pouvons considérer que ses effets immédiats, avec un Président de l’Union européenne désigné pour deux ans qui n’est peut-être pas à la hauteur de l’enjeu, il ne s’agit pas d’attaquer l’homme bien sûr, avec un responsable des affaires étrangères unique, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour faire en sorte que la dimension politique de l’Europe prenne toute son ampleur. L’objet du Traité de Lisbonne, qui a été voulu par le Président de la République dès 2007 et qu’il avait annoncé dans sa campagne électorale, ce n’était pas simplement de faire en sorte que les mécanismes européens dont on savait qu’ils étaient grippés depuis longtemps fonctionnent au mieux, mais c’était également de faire en sorte que l’Europe prenne une véritable dimension politique et prenne ainsi son indépendance afin que la plaque européenne, à côté de la plaque asiatique et la plaque nord-américaine existe.


Autre conférence non négligeable qui s’est tenue en décembre dernier, la conférence de Copenhague. La France, là aussi, a été au premier rang. On a dit que c’était un échec, on a dit parfois que c’était un demi-succès. Je suis depuis maintenant huit ans les problèmes écologiques et de développement durable au niveau des relations internationales J’ai vu les progrès qui ont été accomplis depuis 2002 à Johannesburg où j’accompagnais à l’époque le Président Chirac. Ces progrès ont été gigantesques. Copenhague n’a pas été un échec. Bien au contraire. Pour la première fois, les Etats-Unis et la Chine se sont engagés – et ce n’était pas acquis à l’avance, même s’il n’y a pas d’objectifs chiffrés de réduction des émissions de CO2 qui soit parfaitement acquis – il n’empêche que la prise de conscience n’est pas simplement au niveau des peuples, au niveau de quelques pays, de quelques états, mais de l’ensemble du monde et je crois qu’il faut s’en réjouir.

Cette conférence de Copenhague est à marquer d’une pierre blanche. Je crois qu’avec le G20, avec l’Europe, avec cette nécessité de gouvernance mondiale dans le domaine de l’environnement, de développement durable, d’énergie également, on s’aperçoit que nous avons un défi particulier à relever, c’est la conciliation que nous devons réaliser entre la démocratie à laquelle nous sommes attachés, les valeurs républicaines auxquelles nous sommes attachés et cette nécessité de gouvernance mondiale pour répondre aux défis de l’avenir. C’est un problème auquel nous serons confrontés dans les prochaines années et qu’il faudra résoudre. Car gouvernance mondiale ne signifie pas toujours démocratie. Et cela peut poser un problème dans notre façon de vivre ensemble. Si j’évoque cela c’est parce qu’il faut insister sur le fait que nous devons nous adapter en permanence aux nouvelles donnes qui existent. Tout l’enjeu de la politique de notre gouvernement, c’est bien de nous adapter aux nouvelles donnes qui existent dans le monde, aux nouvelles donnes qui existent dans l’évolution de notre société. Tenir compte des évolutions de notre société, c’est d’ailleurs une des nombreuses leçons du Général de Gaulle. « Les réalités sont incontournables » De même qu’il disait que les Etats sont incontournables. Il disait d’ailleurs bien avant la chute du mur de Berlin que la Russie boirait le communisme comme un buvard. Et elle l’a fait. C’est une réalité historique. Et il y a des réalités auxquelles nous sommes confrontés que nous ne pouvons évidemment pas escamoter.




Face à ces réalités, nous devons agir. Nous devons continuer à faire des réformes. Nous avons fait en 2008 et mis en œuvre en 2009 une révision extrêmement importante depuis 1958, disons plutôt depuis 1962 depuis l’élection du Président de la République au suffrage universel, une révision constitutionnelle qui peu à peu se met en place à travers les lois organiques, à travers les règlements des assemblées parlementaires, qui portera ses fruits dans les mois, dans les années qui viennent. Elle aura été une réforme historique. Nous allons mettre en place une réforme de l’organisation territoriale particulièrement importante. Et là s’est posé le problème de l’avenir des différents niveaux de collectivité - et je sais combien vous pensez les uns et les autres qu’il y a trop de niveaux de collectivités auxquels nous avons rajouté les communautés d’agglomération, que les régions et les département coexistent et que cela est source de dépenses supplémentaires et donc d’impôts supplémentaires. Il faut réorganiser tout cela. Et la réforme qui est en cours, qui associe les régions et les départements d’un côté, qui associe les communes et les communautés d’agglomération de l’autre amène une simplification qui là aussi se fera progressivement jour. Il est inévitable qu’à partir du moment où cette réforme sera mise en œuvre, un des échelons parmi les deux blocs existants l’emportera sur l’autre. Cela peut être une affaire de quelques années mais nous aurons une organisation territoriale différente dans la France de demain. C’est une forme d’adaptation que nous avons à faire afin d’affronter le déficit abyssal et l’endettement abyssal que nous avons. Déficit, endettement, ils s’expliquent. Ils s’expliquent par la réponse que nous avons voulu apporter à la crise et alors que nous étions déjà engagé depuis 35 ans dans une politique budgétaire qui aboutissait à un déficit budgétaire annuel. Nous devons affronter dans les mois qui viennent ce problème de façon volontariste. Le Président de la République a d’ailleurs convoqué une réunion jeudi dernier pour cela. Si nous ne faisons rien, en 2013, un quart du budget de la France sera consacré à rembourser les intérêts des emprunts contractés. Nous devons impérativement empêcher cela. Nous savons aujourd’hui quels sont les problèmes de la Grèce. Nous devinons quels peuvent être les problèmes de l’Espagne ou du Portugal. Nous devons absolument faire en sorte qu’à l’intérieur du bloc européen et évidemment pour la France, nous puissions résoudre ce problème important. Ce problème qui va peser, qui peut avoir mais qui ne devrait pas avoir justement de conséquences fiscales terribles que nous devons résoudre par la maîtrise des dépenses de l’Etat en particulier, par le fait que nous devrons poursuivre et amplifier la politique engagée dès 2007 d’un non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, faire en sorte que la maîtrise de nos dépenses de fonctionnement soit parfaitement réalisée.

C’est un enjeu fantastique et si je termine sur ce point c’est bien parce que nous aurons en 2010 une année difficile. Ce sont des vœux d’espoir tout d’abord que je formule mais il faut être réaliste et dans une année difficile qui s’annonce pour nous, qui s’annonce pour la France et pour l’Europe où l’on pense que le chômage diminuera à partir de la fin de la seconde partie de l’année, à l’automne 2010, que la croissance reprendra mais une croissance qui n’aura pas au delà de 2,3% peut-être, peut-être 3% en 2011 ou 2012. Rien à voir avec le 10 à 11% qui existent en Asie et en particulier en Asie du sud-est et en Chine. Dans un pays moderne comme le nôtre, la croissance est évidemment plus faible et nous devons donc inventer de nouvelles formules. Face à ces nouveaux défis, face à cette situation - qui, sans être dramatique, est extrêmement préoccupante - qui est celle de notre déficit, je crois que nous devons être rassemblés.

Rassemblés, unis, nous avons des solutions à apporter aux problèmes que nous avons dans le consensus le plus large. Je n’évoquerai pas le problème des retraites auxquels nous sommes bien sûr tous sensibles, où l’allongement de la durée des cotisations est inévitable et je crois que nous devons réaliser ici une réforme relativement simple à faire si nous voulons sauvegarder le système par répartition mais nous devons le faire dans un esprit qui soit le plus consensuel possible et dans un esprit de rassemblement.

Mesdames et Messieurs, je crois que l’heure est véritablement à l’unité. Evitons tous les germes de division. Division à l’intérieur de la majorité bien sûr mais je ne suis pas trop inquiet de ce côté là mais les divisions même à l’intérieur de notre pays. Il est nécessaire que nous puissions être unis autour des valeurs qui fondent notre démocratie et notre République et que j’appellerai tout simplement nos valeurs républicaines. Ce n’est pas uniquement Liberté, Egalité, Fraternité, c’est l’égalité à la naissance, la promotion par le mérite et enfin la laïcité. Une laïcité tolérante, une laïcité ouverte qui soit une ouverture à tous et non pas une fermeture ou une crispation sur quelque chose qui n’est plus aujourd’hui d’actualité.

Voilà mes chers amis c’est sur cet espoir que je formule pour vous-même, pour vos familles, pour nos communes mes vœux de très bonne année 2010