Après la crise des banlieues et le malheureux épisode du CPE, voici l’affaire Clearstream. Elle est d’une tout autre nature mais, par son existence comme dans ses modalités, tout aussi révélatrice d’un profond problème de fonctionnement des institutions. Peut-on parler de crise de régime ? Nous n’en sommes pas loin. Encore que les précédents en la matière – 6 février 1934, 13 Mai 1958 – avaient été plus violents. La crise que nous connaissons est plus souterraine. Nous en connaissons ses prodromes, qui se sont manifestés avec éclat dans les urnes, lors du référendum. J’avais alors évoqué la nécessité pour le pouvoir de s’appuyer sur une véritable légitimité. Seule celle-ci permet d’accomplir les réformes et de combattre efficacement les inévitables résistances. Mais, en réalité, la confusion actuelle démontre l’impératif de faire évoluer sérieusement les institutions vers un régime présidentiel, c’est-à-dire vers une véritable séparation des pouvoirs où, malgré la dénomination de ce principe constitutionnel, tout ne soit pas ramené vers le Président de la République. Le Parlement doit jouer un rôle législatif et de contrôle et soit maître de son ordre du jour. Le Président doit gouverner directement, avec des ministres responsables devant lui. Cela implique que le droit de dissolution et la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée disparaissent.
La démocratie ne peut fonctionner que par la co-existence de pouvoirs et de contrepouvoirs. C’est celle-ci qui peut assurer la réalisation des réformes de fond.
Si la crise actuelle permet un tel rétablissement de l’ordre normal des choses, comme cela a été le cas en 1958, elle aura été profitable à la République.